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Un “coing” de ma mémoire.

un coingLes souvenirs d’enfance vous accompagnent parfois toute une vie et deviennent même nostalgie lorsque l’insouciance des jeunes années disparaît, au profit d’une vie adulte bien terne et terre à terre. On néglige souvent le pouvoir de la mémoire olfactive, mais l’enfant expérimente dans cet espace de liberté et de plaisir qu’est le jardin, ses cinq sens, et l’odorat y tient une place importante. La preuve en souvenirs…

Le jardin interdit

Lorsque j’étais jeune, il y avait dans mon quartier une maison inhabitée, à peine visitée quelques jours par an par ses propriétaires (vivant dans le Bordelais). En somme, un terrain d’aventures et d’explorations formidables pour la bande de gamins que nous formions.

J’ai souvenir de grimper la haute palissade de bois marquant l’entrée du terrain interdit. Une véritable frontière entre le monde « des adultes » et notre jardin secret,  petite bulle de liberté. Véritable pied-de-nez aux parents aussi ! Ce jardin n’était pas bien grand ( tout au plus 200-300m²) mais il y avait là un arbre remarquable. Petit, tortueux. Un arbuste dont la couleur des fruits , jaunes citron, la forme (proche des poires), et surtout l’odeur doucereuse qu’ils dégageaient à maturité à l’automne, ne peuvent pas laisser insensible. Le cognassier ( Cydonia oblonga) allait ( mais ça je ne le savais pas encore) laisser une marque indélébile dans mon esprit.

La découverte de la carne de membrillo…

La suite a lieu quelques années plus tard, peut être en pleine période d’adolescence, lorsque j’ai goûté pour la première fois ce que nos voisins ibériques appellent la « carne membrillo ». Une pâte sucrée, au goût et à l’odeur caractéristique, que l’on aime d’emblée ou qui écœure à jamais, sans qu’il n’y ait, semble t-il, de juste milieu possible. Serait-ce mes origines espagnoles, toujours est-il que, moi, j’ai tout de suite a-do-ré. Et cette odeur me rappelait bien, sans pouvoir vraiment l’identifier, un souvenir plus lointain.

De la carne membrillo au coing…

Ce n’est que bien plus tard et par hasard que j’ai compris le lien entre la carne membrillo (pâte de coings) et le cognassier. Ce n’est que bien plus tard aussi que j’ai compris que notre jardin secret était un peu un jardin de « grand-mère » tant le cognassier tend à disparaître des jardins contemporains.

Un cognassier, en souvenir…

La fin de l’histoire est logique. L’un des premiers arbres installés dans mon verger fut un cognassier ( Cydonia oblonga de la variété « Vranja ») qui produit des fruits duveteux géants : parfois plus de 1 kg. J’ai (re)découvert l’élégance de cet arbre, l’enchevêtrement de ses rameaux. Peut être le plus bel arbre du verger lorsqu’il se pare d’une multitude de grandes fleurs étoilées blanches ou légèrement rosées au printemps, contrastant avec le vert franc de ses grandes feuilles veloutées et un peu gaufrées.

Et le plus drôle dans tout ça ? J’ai récemment invité un ami d’enfance qui faisait aussi parti de « la bande de gamins » (C’en était même le leader). Le jardinage aujourd’hui n’est pas vraiment son truc, mais il a souhaité quand même faire le tour du propriétaire, histoire de discuter et de me faire plaisir. Il s’est arrêté devant mon cognassier, orné de ses gros fruits pendants. « C’est un cognassier, n’est-ce pas ? Tu te rappelles ? » m’a-t-il lancé. « Oh que oui ! » lui ai-je répondu. Comment aurais-je pu oublier ce « coing » de ma mémoire ? Le sujet était lancé. Nos bons souvenirs allaient ressurgir autour d’un verre…

Un “coing” de ma mémoire.
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A propos de Bruno Nunez

Jardinier passionné depuis ma plus tendre enfance, je vous livre dans ces pages mes expériences réussies ou mes vrais échecs, des anecdotes, des astuces ou encore des infos pratiques,…

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